NOTES PHILOSOPHIQUES : LES TROUS DE L’ESPRIT

16 Oct 2020 NOTES PHILOSOPHIQUES : LES TROUS DE L’ESPRIT
Posted by Author Ami Bouganim

Pourquoi les trous noirs ne seraient-ils pas plutôt des trous dans notre esprit ? – Parce qu’ils découlent de la théorie de la relativité générale. – Parce que leur postulation est pour l’heure la seule pouvant expliquer ( ?) certains phénomènes et/ou parce que ses prédictions sont de plus en plus attestées ( ?). – Pourtant je peine à les comprendre, on a beau m’expliquer, je ne comprends pas. – Pourquoi ? – Parce que j’ai l’esprit limité, borné par les coordonnées de la théorie newtonienne de la gravitation, meublé de son vocabulaire (sa masse, son temps, son accélération…), structuré par la syntaxe et la sémantique qu’elle autorise ou n’autorise pas, instruit et construit ? Parce que la théorie de la relativité einsteinienne, qui préside à la postulation des trous noirs, persiste à s’expliciter dans le vocabulaire de la gravitation newtonienne en donnant à ses paramètres des exposants qui en ruinent le sens. Est-ce là les seules raisons de mon incompréhension ?

La postulation des trous noirs n’a pour elle que des équations et des indices. Des simulations sur des ordinateurs aussi. On nous promet des applications. Or rien n’empêche de soupçonner les mathématiciens et les chercheurs d’être prisonniers des équations qui articulent la cosmologie centrée (décentrée ?) sur les trous noirs. – En quoi les thèses les concernant diffèrent-elles des thèses cosmogoniques que recouvrent les religions ? – Les cosmologies sont charpentées par des équations mathématiques et les cosmogonies par des révélations poétiques et/ou religieuses ; de même les indices cosmologiques sont plus techniques que les indices cosmogoniques, humains et/ou divins. On ne peut s’empêcher pour autant de nourrir toutes sortes de soupçons à l’encontre des trous noirs. Le problème méthodologique, dans les cosmologies autant que dans les cosmogonies, c’est qu’on accumule des indices positifs plutôt qu’on ne s’entend sur les indices négatifs – poppériens – qui les ruineraient.

Une série de questions assaillent les observateurs des sciences physico-cosmologiques (astrophysiques) : les mathématiques sont-elles plus ou moins spéculatives que les considérations cosmogoniques ? La science ne risque-t-elle pas de se délier avec elles ? En quoi l’adhésion – logique ? – à une logistique mathématique, nécessaire à la recherche et à la découverte d’indices, diffère-t-elle de l’adhésion – dogmatique ? – à des dogmes ? En quoi les difficultés que rencontre une communauté de chercheurs à illustrer ses thèses et à convaincre de leur pertinence diffèrent-elles de celles que rencontre une communauté religieuse à illustrer ses croyances et à convaincre de non-initiés de leur « conviction de certitude » ? La science court-elle le risque de se perdre à son tour dans la magie, en l’occurrence celle alchimique qui colle, irréductible, à la recherche et à la découverte ? Ne se retranche-t-elle pas dans un solipsisme méthodologique dont les chercheurs ne sortiraient qu’à l’aide de télescopes géants ou d’accélérateurs de particules ?

Les tentatives des chercheurs de vulgariser leurs thèses sur les trous noirs sont d’autant plus pathétiques qu’ils ne semblent pas les comprendre eux-mêmes. Ils recourent de plus en plus à des métaphores poétiques comme « châtaigne » pour désigner le forme que prend je ne sais quelle fusion de trous noirs ou « gazouillis » pour restituer les ondes émises par elle. De même qu’à une métaphysique négative, plutôt brouillonne, invoquant des lois contre-intuitives, récusant « la forme de vie » de l’univers classique newtonien, qu’ils montrent des réticences à articuler ou qu’ils sont dans l’incapacité – provisoire ? – d’articuler. Cette poétique, plus que rudimentaire, présente l’insigne mérite de restituer les bredouillis des mystiques tentant de communiquer leurs intuitions, leurs illuminations et leurs possessions dans des termes empruntés aux registres des révélations, païennes ou non. On doit deviner derrière le chercheur un esprit mystique, du moins derrière les chercheurs les plus inspirés, souhaitant s’initier aux mystères de l’univers dans le sillage des pythagoriciens et de leurs héritiers mathématiciens. Cela ne les dispense pas de se donner leur propre langage et d’arrêter de cafouiller à tenter de nous expliquer ce qu’ils ne s’expliquent pas en des termes qui les débordent de toutes parts, tant au niveau microscopique que cosmologique.