RATURES DE MOGADOR : UNE GALERIE DE PENOMBRES

25 Jan 2026 RATURES DE MOGADOR : UNE GALERIE DE PENOMBRES
Posted by Author Ami Bouganim

Certains jours, par toutes saisons, la cité manquait de braises, de jour et de nuit, et l’on traversait des galeries plongées dans de sordides pénombres. L’océan lançait ses vagues à l’assaut des frêles parapets qui, ne résistant pas à l’écume du vent pris de transes, cédaient aux hantises de le voir se déverser dans les rues. Prises de nausées, celles-ci se répandaient en vomis par les égouts pour tenter de soulager les décors raturés par des pluies açoréennes. Les incantations montaient de partout. Les visages en berne d’exil de retraite de change vacillaient aux lueurs des cierges de souvenir résonnaient aux tintements des cloches accouraient aux appels des muezzins. Ils allaient à tâtons dans les embruns, se recueillant avec les ancêtres dans les sanctuaires, se retirant prestement derrière leurs volets pour mieux protéger leurs désirs leurs ennuis leurs craintes contre des intrusions délétères. On se communiquait la sorcellerie l’exorcisme la sainteté, on partageait les mêmes démons. Pourtant nul ne songeait ranimer les braises dans les creusets qui avaient remplacé les cœurs pour mieux traiter la nostalgie ambiante et se résoudre à des noces désargentées entre voisins de ciel de boue de cimetière. On lisait les contemplations psalmodiait les psaumes égrenait les sourates. De précaires obsèques s’ébranlaient vers les cimetières des désillusions où l’on inhumait les testaments périmés avec les vestiges calcinés des amours manqués, en marge de la haie des suicidés qui avaient commis le sacrilège de priver Dieu de son droit de mort.

Quand le ciel déclinait enfin les couleurs de la clémence, on redoublait d’aumônes. L’arc-en-ciel réconciliait le continent avec l’océan, les traits s’éclaircissaient, les déments se bâillonnaient. C’était, après la longue grisaille, un phénomène quasi esthétique, comme si une main inconnue avait passé ces couleurs sursitaires sur un ciel ravalé.