The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
SUR LES TRACES DE DIEU CHEZ JILANI : L’ŒIL DU CŒUR
Dieu est un secret en l’homme, l’homme un secret en Dieu et le cœur est le site de ce secret et de sa déclinaison mystique. C’est l'aiguilleur des sentiments, des gestes, des convictions, des destins. Jilâni préconise de « moudre son cœur dans l'ascèse », de le récurer pour en faire le miroir de Dieu sous la direction d’un maître dont le rôle est d’aider ses disciples « à nettoyer leur cœur ». On s’assure de la proximité-intimité de Dieu en se délestant de toute matérialité et en creusant le néant en soi et autour de soi. L’homme en devient un miroir du divin – un miroir sur lequel s’imprime le divin.
Jîlanî ne cesse d’exhorter l’homme à rompre tout commerce avec les autres hommes pour lever le voile qui sépare de Dieu et aborder son seuil – sans omettre de lui recommander de se dépouiller de son bien en faveur des pauvres. Pris entre une naissance contingente et une mort insoutenable, l'homme ne doit pas vivre en ce monde pour obtenir quoi que ce soit, mais dans l'attente de sa rencontre avec Dieu de l'autre côté de la vie, au détour de la mort. On doit donc passer ses jours à cultiver le monde futur en ce monde : « Ce bas monde est une plantation pour le monde futur. »
On ne croit en Dieu qu'autant qu'on lui obéit et ne lui obéit qu'autant qu'on est repentant : « La Foi croît et décroît. Elle croît avec l'obéissance et décroît avec la désobéissance. » La sunna représente le tracé de l'obéissance : « Celui qui n'a pas la loi religieuse comme compagnon dans tous ses états est un perdu au milieu des perdus. » Jîlâni privilégie l’attachement à la lettre du Coran : « N'use pas de l'interprétation car celui qui en abuse est un traître. » L’unicité d’Allah réclame de faire un avec lui. On ne s’élève pas à Dieu, on ne se dilue pas en lui, on est un avec lui. La mystique musulmane n’est aussi résolue que parce qu’elle pousse l’unicité de Dieu à l’unité (union ?) avec lui qui trouve son couronnement dans le ravissement. Sitôt qu'on est habité par Dieu, on ne l'est par personne d'autre.
Les homélies de Jîlâni sont autant de remontrances et l'on a l'impression qu’il ne prêche qu'à des pécheurs et que les hommes le restent jusque dans leurs témoignages de sincérité les plus éloquents. Il se poserait en procureur de Dieu reprochant à l'homme son irréductible mensonge. Il ne connaîtrait ni l'indulgence ni la bienveillance. Il ne recule devant aucune métaphore pour accabler ses disciples, à croire qu'en les accablant de la sorte, il les presserait vers Dieu. Jîlâni devait être excédé par les hommes pour ne voir en eux que souillure et vermine. C'est, par-ci, par-là, d'une rigueur qui transirait les meilleures volontés. On égrènerait ses homélies sur le même rythme que les perles d'un chapelet.

