SUR LES TRACES DE DIEU DANS LE HASSIDISME : DE LA DVEKOUT AU DIBBOUK

4 Sep 2022 SUR LES TRACES DE DIEU DANS LE HASSIDISME : DE LA DVEKOUT AU DIBBOUK
Posted by Author Ami Bouganim

Le hassidisme se secoue du carcan rabbinique, de la casuistique talmudique et de sa rigueur intellectuelle sans sortir pour autant du judaïsme. Il atténue la tension théosophique et modère l'excitation eschatologique pour chercher le salut en ce monde et pour ce monde. Il campe un existentialisme charismatique, alliant le populisme religieux – l'extase est à la portée de chacun – à l'élitisme le plus absolu – les maîtres sont des intermédiaires miraculeux entre leurs disciples et Dieu. Ils sanctifient tant celui-ci dans et par leur vie qu’ils se livrent à autant de chorégraphies de la sainteté et sont considérés comme des icônes de la piété sinon du Dieu vivant. Leur enseignement est principalement d’attitudes, de gestes, d’historiettes, de chuchotis. Ils n’ont pas vraiment de doctrine – celle de Martin Buber, calquée sur la philosophie du dialogue, encore moins qu’une autre. Ils ne laissent pas d’œuvre, ils laissent des légendes. Ceux qui ont laissé des livres n’ont pas tant marqué le hassidisme par leurs écrits que par leur personnage et par les couronnes qu’on leur a tressées en leur attribuant des dires qu’ils n’ont pas dits, qu’ils auraient pu dire, qu’ils ont sûrement dits.

Le hassidisme restitue Dieu au monde, répand sa divinité et se trouve promouvoir un pan-monothéisme au sein du judaïsme. Dieu n’est pas à l’extérieur, il n’est pas à l’intérieur. Il n’est pas transcendant, il n’est pas immanent. Il perce de partout, il scintille partout. Dans les lettres et les herbes. Dans les étoiles et les grains de sable. Dans l’adversité autant que dans le loisir. Dieu est en moi et je ne pèche pas sans attenter à la divinité. Je ne me convaincs de son existence qu’autant je me pénètre de sa présence. Ce n’en est pas moins l’homme qui escorte Dieu plutôt que le contraire, ne s’écartant pas de sa voie sans s’écrouler. Il ne s'entend à d'autre adhésion qu'à l'attachement constant par la pensée et la pratique, poussant volontiers l’attachement à Dieu – la dvekout – à la possession par lui – au dibbouk.

Photo : Marc Chagall, The Surrealist Jew