The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
SUR LES TRACES DE DIEU : ENTRE L’ECCLESIASTE ET JOB

D'un côté, « L'Ecclésiaste » ; de l'autre, « Job ». De-ci, l'absence de sens ; de là, l'absence de justice. Dans les deux cas, un Dieu plus mièvre que puissant pour ne pas dire absent. « L'Ecclésiaste » est un manifeste du nihilisme davantage que de l'absurde, quoique les deux notions soient corrélatives l'une dans l'autre, le nihilisme métaphysique guettant l'absurde expérimentée comme condition humaine impossible et désespérante. Les maîtres taoïstes et leurs successeurs se résolvent à l’absurde/nihilisme et s’en accommodent. En revanche, Kierkegaard et la pléthore des théologiens qui s'inscrivent dans son sillage préconisent un saut dans la foi. L'Ecclésiaste consent à Dieu la charité d’un dernier verset ; dans Job, Dieu est tourné en dérision par le Diable. Dans les deux textes, on se prend de pitié pour Dieu et le repêche. De son silence ; de son imperturbabilité ; de l’inexorabilité de sa machinerie cosmique ; de son impuissance ; de son arbitraire ; de son inexistence ; de son absence ; de son éclipse.
L'inclusion de « L'Ecclésiaste » dans le canon biblique ne laisse d'intriguer. On ne sait pas quelles étaient les considérations et les motivations des éditeurs. Peut-être n'envisageaient-ils d’autre héroïsme que dans la manière de soutenir le désarroi métaphysique, d'assumer le nihilisme, de s’extasier devant l’ordonnancement infini de l’univers et sa complexité infinitésimale, de montrer la plus grande noblesse morale possible, de célébrer le miracle que représente la présence au monde de chacun et de chercher… Dieu. Comme pour dire qu’il n’est de sens que dans le dépassement du nihilisme : on ne peut l'éviter, on doit passer par lui pour accéder à un sens de la divinité qui permettrait de transcender les calculs, les intérêts… voire le sens et le non-sens. Considérer le judaïsme en disciple de l'Ecclésiaste revient à considérer Dieu comme une illusion vitale que l'on doit soutenir si l'on ne veut perdre le garant du sens et se décomposer dans tous les sens. On continuerait de le chercher et de l'invoquer même si l'on est convaincu qu'il n'existe pas. Par désir de sens, qu'il soit sublimé ou non ; parce qu'il cligne dans le miracle de notre présence ; pour donner un semblant protocolaire à la vie.
Le judaïsme serait un nihilisme s’accrochant à Dieu (« L’Ecclésiaste »), un réquisitoire contre Dieu (« Job »), une romance avec Dieu (« Le Cantique des Cantiques ») ou une anarchie/théocratie sous le règne direct de Dieu (consignée dans le Talmud). Ce peut être aussi tout cela ensemble.

