SUR LES TRACES DE DIEU : LE POINT D’INTERROGATION

14 Apr 2025 SUR LES TRACES DE DIEU : LE POINT D’INTERROGATION
Posted by Author Ami Bouganim

Si Dieu n'existe pas, qu’existe-t-il ? – Dieu. – Alors, il existe. – Nécessairement. – Que sait-on de lui ? – Ce que nous en révèle la raison et ce qu'il inspire aux hommes. – La raison n'est ni indubitable ni définitive. – Ainsi Dieu. – L'inspiration des hommes est aléatoire. – Ainsi Dieu. – Les hommes ne sont peut-être pas les mieux désignés pour donner la mesure ou la démesure de Dieu. – Je ne suis qu'un homme et ne comprends que les hommes. – Pourquoi le néant ne serait-il pas plus patent que Dieu ? – Parce que le néant n'est que le leurre dont se berce l'être pour se résoudre à son caractère éphémère. – Qu'en est-il des religions ? – Elles sont à la croisée de la raison et de l'inspiration humaines. Elles ne convainquent qu'une raison partielle, violentée ou désespérée ; elles ne bercent qu'une veine poétique prédisposée par la liturgie à écouter. – Que préconisent-elles ? – De prier. – Prier pour quoi ? – Pour prier. – Quoi d'autre ? – Rien. – Rien ? – Dieu perce de rien. Sinon on n'est rien et il n'est rien. On doit pousser l'interrogation jusqu'à débusquer Dieu de son silence en soi et hors de soi. Remuer le ciel et la terre. Les sens et les entrailles. Les couleurs et les sons. Dieu est de chair et de sens, de babils et de charmes, de senteurs et de voix, d'éclats et de caresses, de regards et de sourires, de silences et de cris, de désirs et d'attentes, de craintes et d'espoirs. Il n'est ni invisible ni extérieur, ni transcendant ni immanent et on ne cesse de se le représenter. Il est toi ; il est moi ; il n'est ni toi ni moi. Dieu est super représentable et super incarnable. Sinon, il ne sert à rien. L'existence de Dieu est en point d'interrogation.

Le paradoxe divin se présenterait de la sorte : « Si Dieu existe, je ne le comprends pas. Si Dieu n’existe pas, je ne me comprends pas. Rien n'est plus naturel que de croire en Dieu, rien n'est plus prometteur et consolateur. Rien n'est plus héroïque que de ne pas y croire, rien n'est plus méritoire ».

On n'achève de s'arracher à sa condition naturelle et bestiale qu'en rompant le cordon liturgique avec Dieu.

Photo : William Black, L'Ancien des jours, (1794)