UN ESPRIT RAILLEUR

26 Nov 2015 UN ESPRIT RAILLEUR
Posted by Author Ami Bouganim

L'esprit méditerranéen est volontiers railleur et il ne devrait pas céder aux pressions qu’exerce sur lui l’Occident de se montrer sérieux. La raillerie est de désillusion davantage que de moquerie. Elle s’illustre dans la parodie se rencontrant chez les grands lettrés qui n’en reviendraient pas de ce qu’on s’exalte autant dans un univers où l’homme serait – en définitive – une pauvre créature. Abraham ibn Ezra (1090-1164) dont les commentaires figurent en marge des Ecritures est généralement considéré comme le véritable initiateur de la critique historique, inspirateur de Spinoza. Il a été poète et barde. Grammairien, philosophe, astrologue. Un lettré ambulant. En Espagne, en Italie, en Provence, en France, en Angleterre. Il compose un traité à chacune des pauses dans ses tribulations. Surtout, il a été malheureux. Il a perdu tous ses enfants et le dernier, son préféré, Isaac ibn Ezra, se convertit à… l'islam. Il a un texte où il se moque de lui-même :

Si je me faisais paysan et cultivateur, la pluie cesserait de tomber et la rosée d’humecter la terre… Si je me faisais négociant en vin, les hommes ne boiraient plus et se feraient moines. Si je me livrais à la débauche, toutes les femmes deviendraient vertueuses et ne s’exhiberaient plus. Si je me posais en marchand d'armes, la paix et l'harmonie gagneraient le monde… Si je me faisais maçon, les murs ne s'écrouleraient plus et il n'y aurait plus rien à construire… Si je m’installais comme coiffeur, la teigne se déclarerait dans toutes les têtes… Si je m'avisais de me poser en circonciseur, il ne naîtrait plus que des filles…