VARIATION JUDAIQUE : SUR LE SEUIL DU ROYAUME

26 May 2025 VARIATION JUDAIQUE : SUR LE SEUIL DU ROYAUME
Posted by Author Ami Bouganim

Le Juif se barde de tant de commandements, recouvrant autant de symboles, de remémorations, de prescriptions, d’interdits, qu’il se leurre sur l’absence de tout dogme doctrinal dans ce qu’il croit ou ne croit pas. La religion, insinuait Wittgenstein, n'est pas tant un enseignement qu'une expérience, ici et maintenant, du péché, du désespoir ou/et du salut. Ses doctrines seraient autant d'explicitations, somme toute ésotériques, de cette expérience vécue dans le contexte d'une religion civique ou historique. Elles seraient toutes dogmatiques, dans une mesure ou une autre, au point qu'on n'aurait d'autre choix que de s'incliner : « Religion says: Do this! – Think like that! – but it cannot justify this and once it even tries to, it becomes repellent; because for every reason it offers there is a valid counter-reason. It is, more convincing to say: "Think like this! however strangely it may strike you." Or: "Won't you do this? – however repugnant you find it." »

Désormais, le judaïsme reste, quoi qu’il fasse et dise, entravé par le christianisme. Il ne peut pousser la ressemblance de l’homme à l’incarnation sans basculer dans un néochristianisme. Il en est réduit à piétiner dans l'indétermination et l'incertitude au seuil de l’on ne sait quel salut, engagé dans un procès kafkaïen pour l’on ne sait quoi. Pour sa gloire et pour son malheur. C'est parce que le Juif est excédé par une condition impossible à laquelle il ne peut se dérober, qu'il l’abhorre ou l'exalte, qu'il tente de créer un monde où le Juif aurait sa place ou dont il serait totalement exclu. Son génie est irrémédiablement messianiste. Il débusque le Messie du Seuil de son Château. Se révélerait-il qu’il se discréditerait. C’est vrai de tous les messies sur le devant de la scène rabbinique qui se contenteraient d’insinuations sur leur vocation/désignation ; ce l’est aussi pour ceux qui se gardent de se dévoiler parce qu’on ne saurait les reconnaître. Tout messie auto-proclamé ou proclamé par ses disciples serait assimilé à un aliéné dont la mésaventure alimenterait l’interminable recherche sur le messianisme. Cela sans considération pour la question de savoir si le judaïsme est une religion civique plus proche des religions antiques, primitives et païennes ou des religions confessionnelles tels les christianismes et les islams.

Le Juif attend le Messie, il œuvre à sa venue. Sitôt qu’il se présente, il doit l’écarter. Ce qui lui aliène ses partisans. Sans cesse. De Jésus de Nazareth au Rabbi de Loubavitch.