VARIATION JUDAIQUE : UN GHETTO COMPORTEMENTALISTE

14 Jul 2025 VARIATION JUDAIQUE : UN GHETTO COMPORTEMENTALISTE
Posted by Author Ami Bouganim

Le judaïsme s’est exercé – s’exerce toujours ? – à la destruction des idoles. Il est si pris par cette tâche qu’il brise volontiers ses propres carcans pour tester / remanier ses limites. Paul résilia la Loi pour prêcher Dieu à l’ensemble de l’humanité ; Spinoza donna à Dieu la version la plus rationnelle et naturelle qu’on puisse concevoir en l’assimilant à la nature naturante dont l’homme serait un mode ; Bergson lui restitua sa vitalité en l’assimilant à l’Elan vital. Maïmonide, considéré comme le maître des maîtres, exécuta un étonnant ballet philosophico-religieux dans son « Guide des Egarés » qu’on ne sait comment lire –qu’on continuera par conséquent d’interpréter – parce qu'on ne se résout pas à ce jour au grand écart entre science (dévoilement) et religion (révélation) auquel il s’essaie.

L'éclatement du judaïsme, sous la pression de l’interprétation rationnelle universelle, le régénère / le récuse en faveur de son dépassement dans une excroissance religieuse ou le réduit à une philosophie de la religion tour à tour séduisante et harassante. Il pousse son culte de l'homme ressemblant à Dieu au seuil – chrétien – de son incarnation divine, pour ne point dire sa divinisation. L’orthopraxie moderne, préconisant une stricte observance non argumentée des prescriptions rabbiniques en guise de maintien ou de harnachement face au « Ciel », dissuaderait toute créativité judaïque d’envergure. Elle décèle une conservation pour la conservation qui étrique l'esprit religieux plutôt qu’elle ne l’expand. On se rabat dans le meilleur des cas sur une dogmatique comportementale pour se dérober à une dogmatique intellectuelle, et je ne sais laquelle est plus pernicieuse. L’incarcération volontaire dans des pratiques surannées cultivent une théologie de l’anachronisme, solidement coulée dans les corps. Désormais, le judaïsme ne donne de grands hommes qu'autant qu'ils se secouent de ce devoir de conservation pour gagner le large de l'humanité, au risque de se perdre / s’assimiler. Sinon ce n’est qu’une théologie de la ghettoïsation – symbolique autant que physique – et du ressassement quasi liturgique.