The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
VARIATIONS JUDAÏQUES : UNE TEXTURE THEOCRATIQUE

On n’invoque pas le Dieu Un sans réclamer une théocratie ou basculer dans la théocratie. Dans ses déconstructions talmudiques du saducéisme, centré sur la Loi écrite telle qu’elle se dégageait de la Torah, et dans les retranchements agnostiques où il pousse sa paradoxale veine religieuse, le pharisianisme rabbinique se montre plus disposé à en découdre avec Dieu qu’à s’en remettre à lui. Il recouvre un stoïcisme dessillé qui ne se résoudrait pas à la dissolution d’Israël dans la communauté universelle. Il se serait même donné un régime théologico-politique trans-national préservant son particularisme tant au niveau de la communauté locale que de la dispersion géographique des Juifs. La mise en place du régime halakhique de la Diaspora se proposait en alternative à la structure étatique sadducéenne centrée sur le culte sacerdotal du Temple de Jérusalem – le diasporisme se présentait/s’imposait comme déconstruction politique relayant la déconstruction exégétique. A leur manière, les pharisiens consommaient la séparation du politique et de religieux, renonçant à l’Etat pour la religion et à la royauté pour la théocratie directe. Tout en se ménageant toutes sortes de consolations et de promesses à venir : la venue du Messie et la restauration de la souveraineté nationale, le rétablissement du Temple et de ses sacrifices, le retour à la Terre promise… Le diasporisme n’en reste pas moins à ce jour la contribution théologico-politique la plus intéressante du judaïsme rabbinique. Il recouvre une révolution dont on ne mesure pas l’originalité tant la Shoah l’aura ruinée. Au tournant du Xe siècle, le pharisianisme a par ailleurs versé dans un kabbalisme hallucinant, exacerbant les scénarii eschatologiques, tout en poursuivant sa déconstruction talmudique se réduisant de plus en plus à une geste rituelle et revêtant la halakha des sources du Talmud d’une portée de plus en plus magique.
Parce que la théocratie guette la texture du judaïsme et que celui-ci a déplacé son accent du talmudisme au kabbalisme, avec des rabbins comme le Maharal et le Rav Kook, voire des penseurs comme Franz Rosenzweig, l’Etat d’Israël n’est pas un Etat juif et ne peut l’être ; il est, tout au plus, un Etat pour les Juifs, toutes mouvances comprises, que guette, hante et perturbe une paradoxale tentation théocratique qui le voue pernicieusement à un nouveau diasporisme. En définitive, le souverainisme sioniste se révélant le prix que réclamait la Shoah pour qu’elle ne se répète pas, celle-ci, ce qui l’a suivie autant que ce qui l’a précédée, se révélait plus mobilisatrice que les velléités colonisatrices du sionisme des premières décennies du XXe siècle. Or Israël se solde par une telle braderie des rentes symbolique et éthique de la Diaspora – de-ci l’atteinte aux principes de justice et d’équité en faveur d’un nationalisme outrancier, de-là la reconstitution de ghettos au sein d’Israël encore plus véhéments, moisis et caricaturaux que ceux de la Diaspora – qu’on ne saurait privilégier davantage le modèle souverainiste sioniste sans le doubler d’une nouvelle diaspora qui se superposerait à l’ancienne et modérerait les aberrantes poussées kabbalistico-colonialistes du sionisme religieux. Or obnubilé par celui-ci, derrière lequel perce un messianisme de plus en plus illuminé, dissuadé par l’antisémitisme, ce renouveau diasporique, dont on ne voit pas encore à quoi il ressemblerait, peine à trouver sa place dans une diasporisation universelle qui serait le revers ou la consécration de la mondialisation et de ses métissages, avec leur cortège de réactions racistes et d’inflammations antisémites – un peu comme le pharisianisme peinait à trouver sa place entre ses excroissances chrétiennes et musulmanes, ouvertement messianiques, conquérantes et trans-nationales.

