VARIATIONS MONDIALISTES : LA RELIGION-MONDE

22 Jul 2020 VARIATIONS MONDIALISTES : LA RELIGION-MONDE
Posted by Author Ami Bouganim

Dieu ne se trouve ni dans les livres ni dans la nature, mais dans les remous d'incertitude qui se déclarent dans la présence comblée ou déçue, le recueillement poétique ou extatique, la prière sobre ou fervente. Il guette aux tournants de la vie, palpitant et se taisant en chacun. On ne peut que s'inscrire dans les desseins impénétrables de l’énigme inconnue qui se noue autour de son invocation, prospectant par la raison les signes de sa providence – sa nécessité – dans leurs moindres détails. Seuls ceux qui croient en son inexistence se montrent allergiques à l’incontournable corrélation entre l’homme et Dieu postulant qu’on ne peut parler de l’homme sans parler de Dieu et de Dieu sans parler de l’homme.

La mondialisation gagnerait à se tourner vers des auteurs comme Epictète qui privilégie la connaissance et l'attachement à soi comme principe des actions raisonnables, voire morales, sur les vaines incantations de la dépossession de soi en faveur du service de l’autre – pour ne pas parler des titres et des honneurs par trop nationaux et dérisoires. Les hommes seraient autant de soldats de Dieu assignés aux postes qui leur ont été dévolus et qu’aucun ne pourrait déserter. Chacun étant à sa place, dans la guérite de son corps et le chantier de son destin, il doit tenir hardiment contre les assauts – extérieurs et intérieurs – qui menacent de l’investir, le déborder et l’emporter : « Aussi l’homme de bien, en se rappelant qui il est, d’où il vient et par qui il a été engendré, songe uniquement à la manière d’occuper son poste avec discipline et en obéissant à Dieu » (Epictète, « Entretiens » III, XXIV, « Les Stoïciens », La Pléiade, Gallimard, 1962, p. 95). Les hommes ne sont des créatures de Dieu qu'autant qu'ils en sont animés et c'est leur commune parenté avec le même Dieu qui les constitue en citoyens du monde : « Je suis du monde ; je suis fils de Dieu. »

Epictète plaide pour une religion universelle qui autoriserait la migration territoriale. Son dieu ne serait ni celui des Grecs ni celui des Juifs ou des Chinois – ou plutôt ce serait, pour être plus pertinent, eux et avec eux tous les autres. Sans l’intolérance inhérente à chacune des religions que chaque Dieu, pris à part, tend à susciter, incitant à exclure, évangéliser ou conquérir les autres ou à se replier-se sectairiser pour mieux cultiver son particularisme et l’élection qu’il peut recouvrir. Dans ce cas, on ne raturerait pas les religions nourricières qui, épurées de leurs desseins évangéliques, messianiques ou djihadistes, présentent le noble mérite d’enchanter les vies et de les suturer de rites.