The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
BILLET D’AILLEURS : LE SYNDROME DE WUHAN

Ce serait une plaie, partie de Wuhan, d’un marché où l’on vend toutes sortes de bêtes. Des chiens et des chats, des poissons et des serpents de mer. C’est une peste d’un nouveau genre. De celles que l’on redoute depuis que l’on sait que l’humanité ne pourrait se reproduire sans limites, que les communications entre les continents sont ouvertes, que les virus ne cessent de connaître des mutations… et que, paradoxalement, l’on caresse des velléités d’immortalité. En 2003 déjà, nous avions un ancêtre du Corona, en 2033, nous aurons un avorton du Corona. C’est la promiscuité, ce serait l’élagage. Le fait que le SARS et le Corona se soient déclarés dans l’un des pays les plus peuplés et médicalisés sollicite l’humanité entière. Ce n’est pas la lèpre, la peste, la tuberculose ou le sida, c’est une plaie plus perturbatrice que meurtrière. Du moins pour l’heure.
Un virus, un misérable virus, inattendu, invisible, indésirable entame la puissance de la Chine et déstabilise le monde. Les soupçons se multiplient de jour en jour. Le virus n’existe pas, ce ne serait qu’une « créature » de laboratoire, il ne passerait pas de l’homme à l’homme mais serait dans l’air et rien, ni masque ni casque, ne l’arrêterait. Entre-temps, on assiste à un exercice de vaste envergue en perspective de la pandémie que l’humanité redoute. Ce qui frappe dans les manœuvres, c’est le côté spectaculaire des proportions et des différentes allures que prend la quarantaine – promue de nouveau au rang d’une catégorie médico-carcérale. Ces rues désertes, ce nouvel an chinois qu’on saute, ces barrages sur les routes, ces masques sur les visages, ces cohortes de soignants, ces hôpitaux montés en dix ou quinze jours… ce silence d’un Empire que nul ne s’aviserait de heurter. On n’invoque ni Dieu ni la Providence, pas même le Parti, mais la Patrie incarnée par un gentil, calme et vigilant panda d’homme. C’est néanmoins assez orwellien pour répercuter la voix de Big Brother à partir d’un drone et reprendre tous ceux qui violent les règles sanitaires prescrites par les autorités et les presser de rentrer chez eux au plus vite.
Ce virus ne provoque autant d’angoisse et ne réclame autant de mesures – ces casernes, ces centres de vacances, ces îles converties en lieux de quarantaine – que parce qu’on ne sait pas vraiment le nommer, prédire son évolution et ne dispose ni de vaccin ni de traitement. Le Corona n’est – pour l’heure ? – ni plus dangereux ni plus contagieux que la grippe qui, une fois la saison passée, s’avérerait qu’elle était d’une nouvelle variété et, plus sûrement, qu’elle a fait des centaines de millions de malades et des centaines de milliers de morts. Les chercheurs doivent avoir leurs raisons pour distinguer le nouveau virus de celui de la grippe, ce n’en est pas moins une mutation du Virus inconnu qui hante les esprits, les démographes, les laboratoires… les écrans. Il perturbe les relations diplomatiques sans qu’on ne s’en formalise, le programme des vols, les échanges internationaux et… jusqu’aux croisières en haute mer. Sans parler des services médicaux où le personnel soignant se retrouve aux premiers rangs. Je ne sais pas, je l’avoue, ce qu’est un virus et encore moins ce que serait ce Virus inconnu, ni son statut ontologique ni ses répercussions sur le commerce théologico-politique des hommes. C’est peut-être lui prêter plus d’importance qu’il n’en mérite, il n’en réussit pas moins à rassembler l’humanité dans une lutte commune contre lui, davantage que contre les disettes, les guerres… les conséquences des dérèglements écologiques. Je n’ose en faire un extra-terrestre.
Le Corona marque un nouveau chapitre dans l’histoire de la quarantaine, celle de l’hygiène – au sens nietzschéen du terme – peut-être aussi. Je ne sais si le virus vient d’une chauve-souris ou d’un crustacé, mais je constate que l’on incrimine et accuse de nouveau les bêtes que l’on consomme, que ce soit les vaches, les porcs ou les oiseaux. La ligne de partage ne passe pas entre les bêtes de compagnie et celles de consommation, entre les ruminants et les non ruminants, entre les bêtes abattues industriellement et celles abattues rituellement mais entre les personnes carnivores et végétariennes. Les bêtes ne sont plus consommables et l’homme devrait se chercher ses protéines ailleurs.
Vu d’ailleurs, de loin et de près, je l’avoue, c’est plutôt déviationniste…

