The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
ANGLE DE VUE : M. NIGHT SHYAMALAN, THE VILLAGE (2004)

C’est un conte cinématographique qui se déploie sur le mode d’un thriller plus ou moins fantastique. Les Anciens dirigent un village coupé du monde, entouré d’une forêt qui constitue une ligne de démarcation qu’on ne doit pas franchir sous peine d’être pris dans les cauchemars d’on ne sait quels démons rouges, couleur bannie des lieux. Ces démons hantent les esprits et sitôt qu’ils s’annoncent les villageois s’enferment dans les caves aménagées à l’intérieur des habitations. Régulièrement, on trouve un animal écorché et partiellement dépecé qu’on attribue à un coyote atteint de démence – tandis que le spectateur l’attribue, lui, au légendaire ennemi « de l’autre côté » qui hante la forêt et fait des incursions à l’intérieur du village. Les mœurs, les accoutrements, l’ambiance évoquent ceux des communautés Amish aux Etats-Unis. Sans autres lumières que celles de lampes champêtres, avec des vêtements de l’époque, des jupes qui descendent aux chevilles et des bretelles pour retenir des pantalons, une école communale et des scènes et légendes de siècles passés. On tricote, on coud, on brode et l’on s’interdit de parler de « ce dont on ne parle pas ». La religion est plutôt absente, ni Bibles ni sermons ou pasteurs, et l’on se contente de la bénédiction : « Nous rendons grâce pour le temps qui nous est accordé. » Le village a son jeune fou dont la démence met son entrain à la pastorale villageoise et deux sœurs, orphelines de leur mère, dont l’une – Ivy – est aveugle mais semble douée d’un sens intérieur qui compense sa cécité. Ce semble un récit de bonheur au milieu du XIXe siècle dans une vallée rieuse qui ne connaît pas l’argent, « la pire des choses qui soit », et qui considère la ville, de l’autre côté de la forêt, comme un lieu de perdition.
L’aînée des deux sœurs s’éprend de Lucius qui lui préfère Ivy. Sitôt qu’on annonce leur mariage, Lucius est agressé par leur ami commun, le fou du village amoureux, lui aussi, d’Ivy. Celle-ci se propose d’aller en ville pour se procurer les médicaments pour le sauver. Liés par le serment de ne jamais franchir la forêt, les Anciens se montrent réticents. En définitive, la jeune femme y est autorisée par son père, parmi les fondateurs du village. Elle revêt sa chasuble moutarde de protection et se risque seule dans la forêt. Elle tombe dans un ravin. Elle est poursuivie par un démon alors qu’on sait que toute cette histoire de démons rouges est une mise en scène imaginée par les Anciens pour dissuader quiconque de se risquer dans la ville. Elle tâtonne tant que son tâtonnement lasse… le spectateur. Un coffre livre les documents qui décèlent les raisons du retour à un mode de vie reclus dans un village saturé de secrets au milieu d’une forêt hantée.
On se demande quelle histoire on veut nous raconter. Le scénario, mal cousu de bouts de scènes, ne convaincrait pas, malgré des décors rayonnants et des scènes scintillantes. C’est un peu trop tiré par les cheveux. Il n’était aucune raison de faire de l’héroïne une aveugle malgré le surcroit de suspense pour les jeunes à qui s’adresserait ce film qui se révèle plus misanthropique qu’écologique. Les métaphores, par trop didactiques, de la vision intérieure – Ivy est censée voir de la lumière « là où il n’y a que des ténèbres » – convainquent d’autant moins que l’on ne sait jamais quand l’on tâtonne dans les ténèbres et quand dans les lumières et que nul n’est à même de déterminer le degré de clair-obscur où il « produit » sa vie.
Un film de postures, avec une caméra qui colle aux visages, aux regards et aux sons. Certains découvrent qu’ils se sont trompés de film, ont vu ou lu mieux ; d’autres se promettent de le revoir quand ils s’aviseront de réécouter sa musique ou de créer une communauté autarcique et innocente sur une île déserte pour fuir le crime et la rapine qui sévissent dans la ville…

