The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
VARIATION JUDAIQUE : UN ARTISTE DE L’ALIENATION

Le Juif est un artiste de l’aliénation, en soi et hors de soi. Il ne cesserait de le nier, il n’en incline pas moins à l’afficher, intellectuellement sinon vestimentairement. Il met Dieu de son côté, même s’il se révèle souvent contre lui et jusques dans ses propres textes. Il s’octroie un sens pour le divin, il est accusé d’hérésie sinon d’athéisme ; il se croit dans son droit, il est poursuivi devant les tribunaux du ciel et de la terre. Il se pose en homme des lumières, il est acculé aux ténèbres ; il se veut exemplaire, il est décrié pour ses légendaires turpitudes. Il se croit le plus ouvert des hommes, il passe pour le plus borné au monde. Il se pose en maître de la Pensée, il ne l’est que de la kabbale et celle-ci l’embrouille davantage qu’elle ne le débrouille. Il ne cesse de dénoncer les poutres et les pailles dans les yeux des Gentils, il ne voit pas les œillères qui l’empêchent de se voir.
Le Juif tente de se dépêtrer d’un mythe qu’il n’a d’autre choix que d’embrouiller sans cesse plus pour soulager son aliénation. Il ne serait meilleure manière de la lever que de l’assumer comme libération. La Loi libère, les commandements, le rite, la prière. En coulant son aliénation dans un moule, il en serait quitte. Il ne lui resterait plus qu’à la magnifier et c’est à ce travail de magnification, teintée ou non d’humour, qu’il se livre dans ses homélies, qu’elles soient kabbalistiques ou philosophiques. Dans son interminable prédication, il se heure immanquablement à l’autre en lequel il décèle d’abord et avant tout le Gentil. Ce n’est donc pas par hasard qu’il se pose en maître de l’altérité, pour la surmonter en soi davantage que pour se mesurer à celle qu’il cultive ou celle que lui renvoie le Gentil.
Être Juif c’est être tant suspendu au ciel qu’on en perd le sens de la terre, être tant chevillé à la terre qu’on en brave le ciel. Prier pour prier, se repentir en permanence, réciter des psaumes du matin au soir. Ne miser sur le Messie que pour le récuser, le trahir, le porter aux nues, le dénoncer sitôt qu’il se présenterait. Sous prétexte qu’il ment, déçoit, ne présente pas les signes requis. Le Juif est de ce monde, invoquant l’autre monde, convoqué au monde à venir, et il vit entre ces trois mondes sans toujours distinguer entre l’un et l’autre.

