The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
JOURNAL DE LA PERPLEXITE : LE VERSANT NOCTURNE

On gagne son lit, se glisse entre les draps, remonte les couvertures, cale son visage contre l'oreiller, bientôt le sommeil chasse tout. Les responsabilités et les obligations, les menaces et les échéances. La dissipation autant que l’ennui, la perplexité autant que la certitude. Le sommeil rature tant la vie que celle-ci tourne au rêve et/ou au cauchemar. Dans la mesure où l’on ne succombe pas à l’insomnie, le sommeil véhicule comme une simulation, sans cesse répétée, de la mort, au point de constituer sa meilleure publicité. On se retire du monde, renonce à toute (im)posture, bascule dans cette magie où le rêve tourne sans discontinuer. On se démet sans se rendre. On n'est plus de ce monde, mais de celui que nous réserve notre absence. Un certain bonheur résiderait dans cette simulation de la mort. Soit, l’on se réveille ; soit, l’on prolonge son sommeil pour l’éternité. Rien n’étant plus réparateur qu'une bonne nuit, on ne conseille jamais assez de veiller à la qualité de son sommeil.
Si l'état de veille est de concentration et d’aliénation, celui de sommeil serait de loisir, de distraction, de fantaisie, de liberté. On endure l'un, on plonge dans l'autre. L’hindouisme prend prétexte du sommeil pour récuser la réalité et expérimenter le non-être. Pour Ramana Maharshi on n’atteint au Soi, expérience de l’élémentaire où le « je » est une illusion passagère, que dans le sommeil : « Le Soi demeure sans qu’il y ait perception du corps ou du monde. Là, règne le bonheur » (« L’enseignement de Ramana Maharshi », Albin Michel, 2005, p. 119). « Le Livre sur l'Intranquillité » se révèle, par-ci, par-là, un éloge du sommeil. Pessoa ne se déroberait que dans le sommeil, ne se plairait qu’à lui, ne trouverait son loisir qu’à dormir : « Si je pouvais atteindre un jour à une envolée de style qui concentrerait en moi toute la puissance de l'art – j'écrirais alors une apothéose du sommeil. Je ne connais pas plus grand plaisir, dans toute mon existence, que celui de pouvoir dormir. L'intégration intégrale de la vie et de l'art, l'éloignement total de tout ce qui est êtres et gens, la nuit sans mémoire et sans illusions – et n'avoir plus, enfin, ni passé ni avenir... » (§ 159.) Pessoa préconise l'inertie et la non-intervention dans une existence somme toute végétative. Pas de mouvements, pas de remous. La vie trouvant son accomplissement dans le rêve, on doit s'attacher à tout convertir en rêve. Plus l’on rêvera et moins l'on s'embourbera.

