RATURE DE MOGADOR : DESIR DU JOUR

6 Apr 2026 RATURE DE MOGADOR : DESIR DU JOUR
Posted by Author Ami Bouganim

C’était du temps où Shiva et Krishna demandaient l’asile à la ville délabrée, s’insinuant dans l’absence des exilés, comblant leur absence liturgique du duveté de leurs mantras. Ils désertaient leur guerrière Amérique leur austère Scandinavie pour chercher l’ailleurs qu’ils trouvaient dans l’estuaire du roseau dessiné par les brises d’un vibrant Océan. Ils se paraient de pétales, se nourrissaient de nectar, s’émouvaient des larmes que versaient les oiseaux pleureurs dans le ciel. Leurs sirènes hantaient le village qui planait sur l’Océan amarré à un château enlisé. Les premières vagues entrebâillaient l’aube sur des chevelures s’étalant en nénuphars. Le jour se colorait de leurs couleurs résonnait de leurs chuchotis prenait la chorégraphie de leur danse se chargeait des bris de désirs qu’elles inspiraient à Derbala. Celles qu’il aura manqué de reconnaître celles qui auront manqué de le reconnaître, celles vêtues de palmes celles cousues de versets. L’œil noir bleu vert l’œil bon, les cheveux en lin en laine en soie en broussaille. Berbères Indiennes Chinoises, en leurs premières décennies en leurs dernières décennies. Celles qui se secouaient du Sahara celles qui se retiraient avec la marée, celles qui entraient en noces celles qui sortaient de divorces, celles qui le considéraient avec le regret de leurs rides. Celles qui se retournaient pour lui léguer un regard un sourire une caresse, celles qui se recueillaient dans leur rêve pour exaucer le sien. Celles qui se reconnaîtront dans ce chantier de paix bradé pour des exorcismes des incantations des bruits de bois. Derbala les convoquera toutes à ses obsèques pour leur marquer la reconnaissance tardive de Mogador les recensant dans sa romance perdue.

C’était du temps où les exilés désertaient les lieux les touristes les boudaient. On ne trouve plus de vestiges de leur passage sinon la voix crénelée de Hendrix dans un hôtel des îles débordé par des chaînes qui caricaturent le rivage et des riads qui ravalent des abcès dans les entrailles rouillées des casbahs.

Photo : Andrea Patrisi (né 1954)