JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UNE BOUILLIE DE PASSIONS

17 Jun 2026 JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UNE BOUILLIE DE PASSIONS
Posted by Author Ami Bouganim

Les hommes sont des bouillies de passions, de superstitions et d’argumentations. Des creusets alchimiques qui ruminent dans tous les sens, partent dans tous les sens et se méprennent sur tous les sens. Certains se posent en monuments, d’autres se présentent comme des silhouettes, des caricatures ou des cadavres. Les premiers sont volontiers moustachus, les seconds portent des lunettes, les troisièmes des médailles et les derniers leurs cercueils. Certains sont des embryons, débuts de l’on ne sait quoi, d’autres des avortons, dénouements de l’on ne sait quoi. Quand l’homme se pénètre de son importance jusqu’à la nausée, la vanité ou la folie, la seule cure de désintoxication qu’on puisse lui prescrire est encore la mort.

Dans tous les cas, chacun est le héros d’une pièce qui, succès ou échec, ne se prête et ne se prêtera qu’à une seule représentation. On ne maîtrise pas son texte ; on ne trouve pas toujours les bonnes répliques ; on connaît seulement le dénouement qu’on ne cesse de reporter pour s’acquitter le plus longtemps et le plus assidûment possible d'un rôle se raturant de maux et de rides. Soufflerait-on à notre héros que sa représentation ne présente pas plus d’intérêt qu’une autre, que nul ne s’y intéresse, ni en haut ni en bas, qu’il n’a pas à chercher de meilleures répliques, il ne renoncera pas pour autant à son rôle – à moins qu’il ne décide un beau jour de convertir sa tragédie en comédie et de se mettre à faire le cabotin sur des planches, des plateaux ou des trottoirs ou le clochard sous des quais pour railler le ciel et son metteur en scène.

Photo : Homasz Kopera