The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
SUR LES TRACES DE DIEU : LA REINCARNATION CONTINUE

Angelus Silesius achève de sortir l'incarnation humaine de Dieu de son contexte historique pour lui donner une portée existentielle universelle. Il aurait le Père, il chercherait le Fils, en chacun, puisqu’il n'est d'autre Dieu que celui qu'on incarne par sa christianité. Il ne distingue plus entre Dieu et l'homme – du moins cette indistinction constitue-t-elle la vocation du christianisme où l'homme est sommé d'incarner Dieu pour lui redonner naissance et le régénérer. Dieu n'est pas hors de lui, il n'est pas au-dessus de lui, il est en lui et le requiert. La christologie d’Angelus réclame de s'inscrire en chrétien dans la divinité :
« Si tu veux recevoir la rosée perlée de la noble divinité
Ne te détache pas un instant de son humanité » (Angelus Silesius, Le Voyageur chérubénique, Editions Payot & Rivages, 2004, I, § 121, p.84).
Dieu se révèle Christ en l’homme comme chez Spinoza la nature naturante se révèle mode en l’homme et chez Heidegger l’être se révèle Dasein (être-là) en l’homme, tous dénués d’une volonté animée d’une intention :
« Nous prions : Seigneur Dieu, que Ta volonté soit faite ;
Mais vois : Il n'a pas de volonté, Il est calme éternel » (I, § 294, p.128).
On n'accède au divin qu'en s'abandonnant à Dieu. Sans plus de soucis, de tourments, d'attentes. L'annihilation – mystique ? – guette la divinité à laquelle accède l'humanité. Angelus Silesius ne s'encombre ni de transes ni d'extases. S'inscrire dans la divinité divinise l'humanité. Une condition pour cela : liquider toute volonté :
« Dieu est le repos éternel parce qu'Il ne cherche ni ne veut rien ;
Si toi non plus tu ne veux rien, tu seras, toi aussi, beaucoup » (I, § 76, p.73).
Angelus Silesius dit à sa manière que l'homme ne serait, dans le meilleur des cas, qu'un brouillon de Dieu :
« Dieu, le Dieu caché, Se discerne et Se communique
A travers l'esquisse de Lui que sont Ses créatures » (II, § 48, p. 145).
On ne peut poser Dieu et ne pas se poser en Dieu ; ne pas pousser la ressemblance à Dieu à l'incarnation divine ; présumer d’une relation personnelle à Dieu et ne pas se personnaliser en Dieu et comme Dieu. Dieu m'a précédé, Dieu me survivra et c'est pour cela que je l'incarne dans et par l'invocation que constitue mon être :
« Dieu devient ce que je suis maintenant, Il prend mon humanité ;
C'est parce que j'ai été Lui qu'Il l'a fait » (V, § 259, p. 402).
Angelus Silesius balance entre Dieu et le Christ et partout il tombe sur l'homme. Il ne s’encombre pas tant de la mort de Dieu (comme Père) que de sa renaissance (comme Fils), en chacun et pour chacun. Pour lui aussi. Angelus Silesus se contente d'émailler le silence que recouvre sa méditation de courts aphorismes poétiques. Pour dire ce qu'il dit, pour ne rien dire, il a dû accéder à la divinité. Dieu ne parlant pas, il ne saurait par conséquent prêcher ; Dieu ne chantant pas, il ne saurait par conséquent chanter. Les hommes qui ont renoncé à toute volonté pour accueillir la non-volonté de Dieu acquièrent l'humilité de se taire. Ce ne serait ni le régime de la transcendance ni celui de l’immanence mais du christianisme qui participerait à la fois de l’un avec le Père, de l’autre avec le Fils.
Une certaine innocence se glisse dans mysticisme poétique. Il propose le ciel contre la terre et ne comprend pas pourquoi l’on n'accepte pas son marché. Il ne saisit pas que lorsque qu'on est doué de sens pratique, on ne s'en départ pour rien. Or sa grâce est un rien qui ne serait réservé à personne. On ne sait pas toujours ce qu'il dit ni ce qu'il ressent. On ne sait si le Christ sauve ou perd, s'il suscite l'amour ou la haine, s'il instaure l'harmonie ou la lutte. La question reste de savoir s'il présumait d'un Dieu transcendant, existant en soi et qui ne serait pas immanent à l'humanité.

