ALBUM DU MONDE : LA CAVERNE DE L’EXIL

19 Aug 2026 ALBUM DU MONDE : LA CAVERNE DE L’EXIL
Posted by Author Ami Bouganim

Certains ont des livres, des parchemins, des tablettes, d’autres leur mémoire. Tous niveaux confondus, mêlant leur ennui, rivalisant d’ânonnements. Ils seraient pieds-nus, sous leur chasuble sacerdotale de misère, calottés pour l’éternité, dans cette caverne où les souvenirs avaient deux mille ans. Peut-être une remise, peut-être un cellier. Ils se demanderaient ce que le photographe vise sous son voile noir, ils ne sauraient pas davantage ce que leur maître pense de son montage sur trépieds. Ils ne savaient plus, pour tout dire, ce que Dieu attendait d’eux – du moins autant qu’ils attendaient encore quelque chose de lui. Sur la gauche, ce seraient deux frères de recueillement, détachés de ce qui se trame devant eux ; les autres guetteraient une merveille. Peut-être la photo du Messie, peut-être une légende plus sensationnelle. C’était un exil de réclusion et ce n’est pas par hasard que sitôt qu’on le leur demanda, ils se levèrent et marchèrent. Depuis, certains ont accusé les musulmans de persécutions, d’autres ont prêté aux sionistes toutes sortes de troubles desseins. Quand on végète depuis deux mille ans, on se laisse entraîner par le premier messager qui se présente. Surtout s’il prétend connaître le tunnel qui relie la caverne au Bien, au Beau et à la Lumière de Jérusalem.

Pourtant, on les attendra avec des vaporisateurs pour les épouiller, de la margarine en guise de beurre et des surplus de vêtements trop grands ou trop petits pour leurs allures, leurs prières et leurs rêves. Le sionisme les aurait déshérités, déritualisés, enrôlés. On peut s’en désoler, on peut s’en féliciter. On ne saurait incriminer les ravaleurs d’un rêve grandiose et démentiel de les avoir arrachés à leur caverne même si c’était pour un Etat préfabriqué où le Bien ne consonnait pas toujours avec le Beau et où le Messie se révéla un brouillon avant de se laisser caricaturer par des illuminés bibliques. Leurs descendants ne réaliseraient pas à ce jour qu’on ne pouvait sortir de cette caverne sans troubles ou sans contracter ceux, encore plus tragiques, de ceux qui se posaient en leurs exorcistes. La régression, telle qu’elle s’atteste de nos jours, serait encore plus accablante que leur lente longue végétation.

Platon retourna à sa caverne parce qu’il ne pouvait soutenir la Lumière du Soleil et parce qu’il se compromit en politique, Bar Yohaï sortit de la sienne pour répandre une Splendeur qui délurerait ses lecteurs après les avoir longtemps consolés. On ne séjourne pas mille et deux mille ans dans une caverne sans en sortir avec des stigmates, les consigner dans des kabbales et s’en nourrir au risque d’avoir des crampes et des nausées caroubier.