The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
CHRONIQUE DE PHILISTIE : L’ESPRIT PHILISTIN
Dans la grande cohue philistine, nul n’est à sa place, chacun veut être à la place de l’autre. Les politiciens dénoncent les juges, les juges poursuivent les politiciens. Les ministres dénoncent la mièvrerie des généraux, les généraux l’irresponsabilité des politiciens. Les uns donnent des leçons aux autres, les uns accusent les autres de gabegie, les uns parasitent les autres. L’esprit de pègre se déclare partout dans les services publics. Les bandes excitées se livrent à la battue des terroristes. Nulle part on ne serait aussi hostile aux instances gouvernementales, nulle part on ne serait aussi patriotes. On n’arrête pas de s’exciter, de se disputer et d’appeler à… l’union. Ce n’est pas un Etat, c’est un ghetto. Les mœurs sont à la croisée de la Pologne et du Maroc, de la Russie et du Yémen, de l’Argentine et de la Hongrie. Ca fulmine contre tout, ça menace sans distinction. On ratisse les villes palestiniennes, on rivalise de déclarations belliqueuses, on s’acharne contre les mosquées et les églises. On est ridicule et on ne le sait pas. C’est de nouveau la Philistie, celle qui a précédé Israël, la patrie du mauvais goût, de la virulence, des mauvaises manières, des déclarations intempestives, des derniers modèles de portables et… des chroniques excédées.
L’esprit philistin, volontiers roquet, se rencontre partout. Dans le secteur privé autant que public. Le monde de la recherche. Les médias. La rue. On ne traverse pas une chaussée sans écoper d’une amende, une plate-bande sans être rabroué par un badaud. On ne se promène pas dans un parc sans être pris à partie par des garnements. On ne demande pas un renseignement sans s’attirer une humiliation ou une invective. On sort rarement indemne d’un service public. L’esprit roquet est nourri par l’esprit parvenu. Des derniers rangs de l’exil aux premiers rangs du monde, c’est un saut religieusement énivrant. On se vante, on se rengorge. La Philistie persiste à se poser en première puissance dans presque tous les domaines. Pourtant il n’est que d’ouvrir la presse internationale ou voir une chaîne étrangère pour découvrir que Londres, Paris ou New York ne montrent pas moins d’ingéniosité et plus de retenue dans leurs prétentions.
Le cirque politique philistin mérite d’être inscrit au patrimoine ludique de l’UNESCO. Surtout au sein du parti du Grand-Bibi, animé par des magouilleurs qui ne s’entendent qu’à pousser le cirque politique à sa caricature et à placer leurs proches aux postes qui leur conviennent le moins, à dilapider les deniers de l’Etat et à accomplir moult virées aériennes pour s’aérer de l’ambiance délétère qu’ils cultivent de leurs agissements. La ministre pour l’égalité des droits, des vieux et des invalides passe son temps à chasser les travailleurs immigrés et à batailler contre les associations de protection des animaux. La ministre des Transports se décarcasse d’un lieu de pèlerinage à l’autre, d’une noce à l’autre, d’un marché à l’autre pour désigner l’ennemi à la vindicte populaire parmi ceux qui bâtissent les tours, lavent la vaisselle dans les restaurants et promènent les gravats humains de Philistie. Dans sa course échevelée au pouvoir, elle cumule la charge de bouchonner les routes avec celle de bourrer les crânes en tant que chargée de la commission des cérémonies solennelles. Le ministre de la Défense ne laisse pas passer un jour sans servir sa ration quotidienne de menaces. Le ministre des Communications occupe ses journées à les démanteler et comme il n’est pas ministre plus bête dans le gouvernement il n’arrive pas à démêler les fils dans son cerveau. On assiste à une tragi-comédie musicale permanente au sein du parti intégriste orientale où c’est le plus scélérat – il a d’ailleurs fait de la prison – qui orchestre le concert des pleurnicheries, des louanges et des invectives. Un ministre russophone, dont les traits trahissent sa nature murine, persiste à donner des déclarations dignes de la Grande Russie. Tout cela sous le sourire scélérat du Grand-Duc candidat à sa succession qui ne parle pas aux instances internationales sans leur donner des leçons de morale. Le meilleur, c’est que les membres de son parti sont si fiers de leurs élucubrations qu’ils s’en vantent comme d’une « licence de la démocratie ». De grandes doses de vulgarité, de bondieuserie, de démagogie. Plus on est veule et plus on a des chances de percer. C’est la règle de l’art philistin de gouverner. C'est peut-être pire ailleurs, ce n'est pas partout que guette un patrimoine philistin dont on ne sait ce qu'il recouvre ni ce qu'il réserve.
David Littwak, le personnage le plus caractéristique de la Nouvelle Société de Herzl, le visionnaire du sionisme, déclarait : « La politique n’est une occupation ou une vocation ni pour les femmes ni pour les hommes. Nous avons su nous préserver de cette contagion. Les gens qui cherchent à vivre de leurs professions de foi déclamatoires sont vite dénoncés, on les méprise et les rend inoffensifs. Les tribunaux ont maintes fois jugé, dans des procès en diffamation que le terme de politicien est une injure » (T. Herzl, « Altneuland », Editions du Marais, 2014, p.86). Israël n'est plus, il a succombé à sa politique intérieure, il est provisoirement remplacé par un brouillon de Philistie…

