JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN PERSONNAGE ALLEGORIQUE

20 Jul 2023 JOURNAL DE LA PERPLEXITE : UN PERSONNAGE ALLEGORIQUE
Posted by Author Ami Bouganim

Borges est le titre d’un apologue sur un compositeur de midrashim argentins qu'on aura cavalièrement classé parmi les écrivains ésotériques. Il ne pratique pas les lettres ; ce sont elles qui le pratiquent. La veine littéraire tarissant de page en page, le malheureux ne dispose d'aucune graine pour réensemencer le trouble et glauque terreau des lettres. Il se rabat sur l'érudition qui ne réussit qu'à les éculer sous prétexte de les ravaler. Son érudition atteint au demeurant de telles proportions que nul ne songerait l’accuser de mensonge ou de plagiat, ne démêlerait l’ingéniosité du trucage. En définitive, l'érudition se révèle une vaine décoration sur le revers déteint d'une veste élimée.

Borges tâtonne dans les ténèbres, piétine sur place, prend son parti de rire. La littérature, péché des péchés, génère des métaphores, des symboles, des allégories où le mensonge niche pour mieux ruiner toute prétention à la vérité et miter davantage le tissu existentiel qui reste littéraire de bout en bout. On a l'impression que Borges manque totalement d'inspiration ou, ce qui revient au même, que celle-ci ne l'inspire plus. C’est le personnage d'un récit que sa vie décrit et que lui-même n'a pas su raconter. Par pudeur ; par impudence. Par mépris pour les lettres. Il montrerait un talent pervers à brouiller les indices pour mieux perdre le lecteur dans les labyrinthes de sa perplexité littéraire.