The Euro-Mediterranean Institute for Inter-Civilization Dialog (EMID) proposes to promote cultural and religious dialogue between Mediterranean civilisations ; to establish a network of specialists in inter-Mediterranean dialogue ; to encourage Euro-Mediterranean creativity ; to encourage exchange between Mediterranean societies ; to work to achieve Mediterranean conviviality ; to advise charitable organisations working around the Mediterranean and provide the support necessary to achieve their original projects.
RATURE D’EXIL : DE PERE EN FILS

Tous les soirs, par tous les temps, après son service religieux, mon père s’assurait de la solidité de ses verrous et cadenas. Il ne se risquait pas à l’intérieur de son magasin, il aurait dérangé le ballet des démons avec lesquels il avait conclu un marché. Il était locataire des lieux le jour, il les leur laissait la nuit. Quand le lendemain, il trouvait un rat dans une souricière, il leur marquait sa reconnaissance en leur consentant une fumigation de benjoin par l’un des orchestres de ménestrels qui procédaient à des tournées régulières des seuils. Les rats étaient alors partout, se glissaient partout, circulant librement dans les labyrinthes nerveux d’une ville dont les véritables gardiens étaient encore ses exorcistes. Des relents de carcasse de chats morts de vieillesse ou d’indigestion murine montaient des greniers sous les bâtisses qui menaçaient de s’écrouler dans les gravats de leurs souvenirs.
J’étais l’héritier de cette morne et suave décadence, j’en ai été arraché par les débardeurs de l’exil qui m’ont revêtu de camisoles de versets. Mon père a continué de s’en bercer, j’ai commencé à m’en secouer. Les mots s’insinuaient dans leur rature, perçaient le mirage d’une promesse, s’hébraïsaient sous la contrainte. Dans le lancinant regret de l’immuable assaut du vent se chargeant au large des liturgies des sirènes pour rabrouer les palmiers s’incliner devant les araucarias. Je persistais à chercher Dieu je ne trouvais que des inquisiteurs des censeurs des correcteurs des maîtres-chanteurs. L’hirondelle qui nichait sous les solives des balcons m’avait laissé sa plume pour en dessiner sa subtilité, je l’ai tant chargée de mauvais mots qu’elle s’est secouée de l’encre violette de ma puérilité et s’est embourbée dans la bile noire du désastre des ans.
Des cancrelats sacrés avaient remplacé les rats du magasin. Le lendemain ne réservait plus rien, mon père n’attendait plus le sauveur. Il s’est mis à dialectiser en hébreu. Puis il s’est voilé à son tour la face de kabbale. Un jour, il est parti avec un livre de la splendeur sur le cœur, dans un baiser subtilisé à Dieu. La promesse avait rouillé dans ses entrailles en exhalant des soupirs millénaires relevés des cliquetis de guerres saintes. Quand je me suis séparé de lui, une dentelle nacrait ses yeux pour l’empêcher de voir qu’il échouait dans la décharge de tous ces exils qui ne se croisaient pas. Sa dépouille dégageait des relents de naphtaline contre les cancrelats insensibles aux encens berbères. Je crus que sa mort, exaucée malgré son désarroi, me libérerait des vestiges de sa camisole, je sous-estimais les incises des scribes trempant leur calame dans la bile religieuse. J’étais en quête de gazouillis j’ai croulé sous les monceaux des litanies gravées dans des voix marginales solennelles. Je briguais le cimetière marin, j’échouerai à mon tour dans la décharge. J’orchestrais les trieuses berbères, j’ai échoué comme ratureur de tout et de rien. J’étais petit prince de courtiers de rois, j’ai fini comme commis de promoteurs philistins.
Ce ne serait que le dénouement d’un sur-exil.

