RATURE DE DERBALA : EPOUVANTAIL DES HOMMES

20 Mar 2026 RATURE DE DERBALA : EPOUVANTAIL DES HOMMES
Posted by Author Ami Bouganim

Derbala ne consomme ni alcools ni herbes. Pourtant sa présence est tâtonnante, sa marche titubante. Il a le mal de mer et le vertige des hauteurs, il sent la terre se dérober sous ses pieds. Il ne comprend pas comment les humains gardent leur équilibre dans ce périple entre l'absence et l'absence. Derbala se doute bien qu'ils s'accrochent aux illusions qui tombent du ciel et poursuivent les mirages qui courent la terre. Ils disent que sans Dieu il n’est pas de logis. Pourtant derrière la porte sous le couvercle il n’est ni berceuses ni gazouillis ni litanies ni bruissements ni pétales ni mots.

Sans calotte sans tiare sans turban, sans couronne sans diadème, Derbala a la tête échevelée l'esprit moisi. C’est l'homme inconnu qui garde ses distances des humains qui ont une vérité à la bouche une autre dans le cœur. On le chasse comme s’il était le pire démon alors que ce n’est qu'un épouvantail au seuil de la solitude et du silence. Il est accompagné par un cortège de lecteurs connus et inconnus, la peau couverte d’écailles les yeux incrustés de perles les mains chargées d’algues, vaguant dans le souvenir de l’enfant ébahi l’adolescent désarmé l’adulte racorni. On murmure derrière son dos qu’il ne vient de nulle part ne se rend nulle part, porte son orgueil en guise d’armure, mendie son aumône littéraire, récuse tout secours. Il bredouille des vers sur nul ne sait quelle vision voilée de poussière, croulant sous une sénilité insensée, la vue de plus en plus courte pour percer les mystères qui s’insinuent dans l’absence.

Dans la solitude à laquelle assigne la vieillesse, Derbala est une école qui tourne court, le temps de d’incarner la mort et de repartir.

Photo : Hamid Faress