RATURE DE MOGADOR : UN CARAVANSERAIL DANS LE VENT

6 May 2026 RATURE DE MOGADOR : UN CARAVANSERAIL DANS LE VENT
Posted by Author Ami Bouganim

C’était un caravansérail austère délétère de rochers de murailles de minarets bordé de cimetières extérieurs. Quand le vent se levait les vagues écumaient les murailles se hérissaient les araucarias menaçaient de plier l’oued charriait ses dunes et ses roseaux vers l’océan. L’exil se couvrait de démons qu’on chassait d’un bruissement magique des lèvres. Les volets bleus sortaient de leurs gonds heurtaient les murs blêmes qui partaient en croûtes. L’horloge s’alliait au muezzin pour orchestrer les transes des malheureuses girouettes postées sur de vulnérables verrières au bord de l’éclat. Le soir se diluait en processions des ombres, de la porte du large à celle de la mort, par l’artère des palmiers échevelés, sous les vaticinations des déments hurleurs postés aux points névralgiques qui vouaient les chasseurs de la sorcière à leur disparition par la mer et le vomi. On cherchait l’ailleurs à l’intérieur, escaliers condamnés, portes éreintées, chuchotis incantatoires, présences douillettes. La misère relevée de charité, l’humilité grevée de silence. Dehors, les processions se pressaient pour réclamer la pluie se condensaient pour plaider la lune se massaient pour briser les instruments. Quand le vent relâchait son étreinte, que ses harcèlements marquaient une pause, il se couvrait d’une poudre d’or, prélevée sur les dunes rassérénées, qui s’incarnait dans le vol d’une hirondelle. Le vent reprenait doucement la rédaction du dérisoire testament que l’océan se dépêcherait de raturer.

Une île verrouille la presqu’île, résistant vaillamment aux vagues balnéaires, porteuse d’un passé immémorial qui attend le retour des carthaginois des portugais des corsaires. Les clés rouillées de mes nostalgies ouvriraient les portes ensablées du lazaret des sirènes qui ne sortent de leurs légendes que pour se mettre au gouvernail du vent et ramoner la cité de leur chant.

Photo : Gustave Courbet (1869)