JOURNAL DE LA PERPLEXITE : L’ECUME DE LA VANITE

28 Oct 2026 JOURNAL DE LA PERPLEXITE : L’ECUME DE LA VANITE
Posted by Author Ami Bouganim

Rien ne me déprime autant que la présence d’un écrivain dans mon entourage. Ce n’est pas un homme, mais un demi-dieu ; ce n’est pas une femme, mais une demi-prêtresse ; et je ne suis pas de taille à soutenir leur sur-présence sur terre. Pourtant, ils sont souvent plus névrosés que le commun des mortels, plus maniérés, plus prétentieux. Ils présentent l’insigne mérite d’avoir leur nombril sur le visage et j’ai l’accablante et déprimante faiblesse de me laisser aveugler par lui. C’est tout juste si je ne tombe pas à genoux devant eux, si écrasé par leur talent que je cache pudiquement qu’il m’arrive aussi de commettre le vénéneux péché d’écrire pour tenter de me ménager une dérisoire place dans le panthéon encombré des satyres des lettres. Contrairement à ces derniers, je ne suis qu’un écriveur de pacotille, résolu à le rester pour mieux corriger mes gribouillis dans la tombe.

Le grand mérite de la nouvelle écriture IAque est de se passer d’encre et de déboulonner l’écrivain de la vanité, écume des passions, où il trempait sa plume jusque-là.

Photo : Duncan Grant, James Strachey 1910